Les chevreuils de mai

Les chevreuils de mai.

Nous nous sommes installés, à quelques mètres du verger là, où nous avions déjà pu observer le passage de chevreuils

Hier soir, un jeune daguet est arrivé vers 21h. Il a exploré le verger, broutant çà et là une fleur de pissenlits. Il a tourné plusieurs fois autour de l’affut, intrigué, mais pas inquiet. Il fraye ses bois, grattant les restes de son velours sur les branches basses d’un vieux pommier puis est reparti brouter. Quelques fleurs sauvages par ici, quelques graines déposées pour attirer les oiseaux par là. Nous le regardions du fourgon, la porte était ouverte, la soirée était tempérée. Il prenait son temps, aucune crainte aucun stress, c’était plutôt nous qui arrêtions de respirer. De temps en temps il bondissait sur quelques mètres, des sauts agiles et gracieux, nous pensions qu’il allait partir, non il se remettait à manger. Il était gai et plein d’entrain en ce printemps foisonnant. Pendant près de ¾ d’heure il est resté dans le verger, quel bonheur de l’observer. La lumière n’était pas suffisante pour faire quelques images, dommage, mais on a eu une bonne dose d’endorphine pour bien dormir.

Le lendemain,

le réveil à 6h n’est pas trop dur, l’excitation de la veille, l’espoir d’en revoir aujourd’hui. Dormir sur place, c’est vraiment top ! Nous n’avons que quelques mètres pour rejoindre l’affut.

Les premiers visiteurs sont les pics épeiches qui font de nombreux aller et retour. Deux couples se disputent le domaine, ils nourrissent leurs jeunes. Rapidement d’autres oiseaux arrivent. Le temps passe plus vite en les photographiant. Les heures s’écoulent au rythme des vols et des envols.

Un brocard sort du bois, tout en haut du verger. Nonchalant il traverse de gauche à droite, sous les fruitiers en fleur. Il cueille quelques fleurs de pommier et broute quelques herbes au passage. Il s’arrête presque arrivé à la limite de la clairière et se retourne, immobile. A-t-il entendu le déclencheur ? Le doigt en pause, je ne bouge plus. Soudain, sortant par le même passage entre les arbustes qui bordent le verger, un autre mâle. Le chevreuil est lourdement couronné. Les bois sont ramifiés en plusieurs andouillers, la meule est large et épaisse. J’ai eu l’impression qu’il avait envoyé le jeune en éclaireur, voir si hors des frondaisons protectrices de la forêt, l’espace dégagé était sûr. Il traverse de sa démarche souple et coulée le haut du verger. Comme son cadet il grignote quelques herbes et fleurs tout en marchant. Il rejoint le jeune et en quelques bonds, on ne voit plus que leurs miroirs blancs disparaitre dans les arbustes qui longent la forêt. Passage rapide, mais intense, encore un petit coup d’adrénaline.

Le jour suivant au matin.

Une chevrette passe en courant dans le haut du verger, juste le temps d’admirer sa démarche souple et élégante, en 2 ou 3 bonds élancés elle disparait dans les fourrés.
Puis ce sont monsieur et madame Lièvre qui remontent le verger en sautillant et disparaissent dans les herbes.
Les visiteurs suivants seront les oiseaux, plus de mammifères ne traversent la clairière.
Nous reviendrons.

 De retour au verger,

15 jours ont passé. J’espère bien revoir les chevreuils.
J’ai installé mon affut plus haut dans le verger. J’ai coupé des ronces et des branches d’épineux, quelques-unes posées sur la tente et elle se confond avec la limite des fourrés. Pas de visites des ongulés hier soir ni ce matin, j’espère qu’ils vont venir ce soir.

Le soleil fait tourner et grandir les ombres des fruitiers dans le verger. Il fait chaud, très chaud, même les oiseaux sont discrets. Le fourgon est garé à l’ombre, autant allé se restaurer et s’y reposer, car rien ne passe devant l’objectif. En fin d’après-midi, la chaleur est encore étouffante. Je retourne quand même m’installer dans la tente, on ne sait jamais… Une montgolfière survole la forêt, on entend ses bruleurs, comme il n’y a pas de vent elle semble rester longtemps au-dessus du verger, mais je ne la vois pas les trous de la tente ne me le permettent pas. Avec tout ce raffut, elle va faire partir mes chevreuils.

Dans moins de 2 h c’est le coucher du soleil, il fait encore très chaud, je suis trempée dans la tente. Là, à ma droite, un brocard entre dans le verger, juste le temps d’une photo, il est déjà reparti sous le frais des arbres. Je continue mon attente. Mon téléphone m’indique que le soleil est couché, il reste encore un peu de lumière. Des bruits dans la forêt, sortant des fourrés d’en face, un brocard arrive en aboyant. Plus bas derrière moi, un autre lui répond, un troisième se fait entendre de l’autre côté près le chemin qui mène au verger. Pendant plusieurs minutes ils vont se répondre. Le seul que je peux voir est presque face à moi. Il semble bien énervé. Il remonte derrière les fruitiers, la tête haute, les oreilles écartées et mobiles. Il tourne la tête, stoppe quelques secondes le temps de répondre à ses congénères puis repart en bondissant hors du verger.

La nuit est là maintenant, je retourne au fourgon, heureuse de ce moment.