La forêt des ours.

Les Alpes dinariques sont situées au sud du massif alpin, en Slovénie. C’est une zone montagneuse, protégée Natura 2000.
Elle abrite les dernières populations libres et sauvages des grands prédateurs européens : l’ours brun, le lynx et le loup. On y trouve aussi, au printemps, la belle chouette de l’Oural.

Le soir de mon arrivée, de gros orages ont éclaté. Le tonnerre grondait. Des éclairs zébraient le ciel.
Là-haut, les montagnes dentelées, hérissées des pointes des conifères,semblaient noires et hostiles. Le vent soufflait fort et une forte pluie détrempait toute la vallée.

 Au matin, c’était fini. Notre première sortie pour découvrir le pays de l’ours pouvait commencer.

 

Billebaude au pays des ours

 Comme de coutume en photo animalière, les journées commencent tôt.

Le réveil à 3h30, n’est pas aussi pénible, car l’adrénaline de la rencontre espérée me sort plus facilement du lit. Mon sac est prêt depuis la veille. Les cartes sont formatées et les batteries pleines. Le frugal petit déjeuné est avalé rapidement. Habillés de feuilles 3D et de couleurs sombres, sans oublier bonnet et gants, nous voilà partis sur le terrain.
La route qui monte dans la forêt est noire de nuit. Il n’est pas encore 4h, le silence règne.
Pour plus de sécurité, nous sommes en binôme et ne pénétrons pas dans les bosquets aux arbres serrés trop sombres. 

Les sentiers bucoliques serpentent dans de vastes prairies fleuries, bordées par de grands conifères et quelques feuillus. Ce sont des chemins tracés par les paysans bûcherons des villages environnants.
La Slovénie est l’un des pays les plus boisés d’Europe, le bois est sa principale richesse naturelle, elle est exploitée avec respect de l’environnement.

Tout en cheminant, je suis envahie de bien-être, le plaisir simple d’être là, au milieu de cette nature. 

De temps en temps un arrêt, à l’affût, immobile, j’écoute les oiseaux s’éveillent.
Les insectes bourdonnent autour des fleurs qui envahissent les herbages.
Un chevreuil en haut de la combe traverse entre deux bosquets, le soleil levant lustre son poil.
Des arbres grincent derrière moi. Les feuilles bruissent au léger vent et les premières couleurs éclatent de lumière.
Mes sens sont en éveil.
Sentir les bois et l’odeur de la résine qui flotte.

 La brume cache encore de son voile le fond des vallées. La terre exalte un parfum d’humus et de fleurs sauvages.

Regarder les passereaux qui se courtisent ou l’écureuil qui saute d’un épicéa à l’autre. Être surprise par la cavalcade de 2 chevreuils qui bondissent les bois sans me calculer.
Repérer dans les herbes les longues traces  sombres. Elles traversent la prairie couverte de rosée. Une coulée, un ours est passé par là.
Le long d’un chemin une crotte de loup elle est reconnaissables avec ses bouts d’os et de poils. Par là une empreinte d’ours est moulée dans la terre meuble. Ici, une motte de terre a été retournée d’un vigoureux coup de patte.  A l’orée du bois, dans cet espace où l’herbe est écrasée, il s’est couché…
Tout nous rappelle que nous sommes sur le territoire de l’ours et du loup.

 

 

Lorsque le jour est bien levé et que je soleil à séché
la brume, il est temps de rentrer prendre un vrai petit déjeuner. Pas beaucoup
de photos d’ours ou de loups dans la carte, mais une grande sensation de
bonheur, de détente, euphorique et jouissive. La thérapie de la photo de nature
a encore sévi.  

Après une bonne sieste récupératrice et un repas « slovène », je suis prête à repartir dans la forêt. 
L’après-midi en sous-bois, la lumière est bien différente.
Après le repas, le soleil tape, je suis à l’affût. La lumière est dure. Heureusement que la forêt est riche, variée et touffue.
Les branches et feuilles tamisent par endroit son ardeur. Il faut sans cesse vérifier les réglages du boitier.

De nombreux rochers sont disséminés parmi les arbres et les buissons. Beaucoup de bois morts jonchent le sol, la forêt est verte en ce printemps.

Soudain, nonchalant, ajustant la pose de ses pattes sur le sol encombré, un ours avance, c’est un ado de 3 ou 4 ans.

Il avance calmement, s’arrêtant de temps en temps,
regarde, écoute, autour de lui.

Il se met debout, humant l’air, aucune menace de sa
part, c’est juste pour faciliter l’identification des odeurs qu’il capte.

 

Je suis à bon vent et l’affût est équipé d’une cheminée haute.

Par l’émotion de le voir, je ne respire plus, figée je ne fais aucun bruit, je le regarde, surtout ne pas l’effrayer en shootant  à tout va, attendre qu’il se tranquillise sur cette aire.

Rien ne l’inquiète, il se pose.

Je commence à prendre quelques photos, il ne semble pas être inquiété par le bruit du déclencheur.

Il est accompagné d’un autre jeune. Il arrive souvent qu’après avoir quitté leur mère les fratries restent soudées ou même qui des groupes de jeunes se forment. Là, ils sont trois.

Ils s’approchent un peu plus, contournant les arbustes et les fougères.

Tout en avançant, ils restent néanmoins aux aguets.

L’ours est un animal méfiant outre l’homme, les jeunes sont  même, plus volontiers diurnes, ce qui leur permet d’éviter le danger potentiel d’une rencontre avec les ours dominants, mâle adulte et femelles suitées, sur les sites d’alimentation.

Son rythme journalier peut varier en fonction des saisons et des conditions météorologiques.

Ses périodes d’activité s’étendent sur toute la journée au printemps et à l’automne lors de la période de constitution des réserves nutritives.  Une aubaine pour nous les photographes animaliers.

L’ours n’est pas un  «territorial» surveillant, défendant et marquant sans cesse son espace comme le loup. La recherche de nourriture va motiver l’essentiel de ses déplacements, son territoire est donc variable et saisonnier. La recherche d’une partenaire en saison du rut oblige les mâles reproducteurs à élargir leur zone d’activité.

Il passe la majeure partie de la journée à manger.
Il mange les produits de saison qu’il trouve sur son territoire.
Omnivore, son alimentation est composée à plus de 70 % de végétaux, plantes, herbes, champignons, fruits, baies. Complétée par une alimentation d’origine animale, escargots, fourmis, grenouilles, truites, rongeurs et mammifères, qu’il trouve dans la forêt. C’est un piètre chasseur qui capture le plus souvent des animaux très jeunes, âgés ou malades. 

 Au printemps, c’est un glouton acharné, il doit reprendre des forces, pendant l’hiver il a puisé dans ses réserves de graisse qu’il lui faut refaire.

Et puis c’est la période du rut. Les mâles en recherche de partenaires se déplacent beaucoup. Les mamans, sur le qui-vive, font leurs premières sorties
accompagnées de leurs oursons.

L’ours est un hivernant, c’est-à-dire qu’il lui arrive de se réveiller pendant l’hiver.
Il hiverne normalement entre décembre et avril, suivant la température extérieure. Sa température corporelle ne s’abaisse que de 4 à 7°C, mais son rythme
cardiaque et sa consommation d’oxygène diminuent.

Durant cette période il ne mange pas, n’urine pas et ne défèque pas; il ne vit que sur ses réserves de graisse.

Pour sa tanière il choisit un terrier, une cavité sous une roche ou une grotte, il la tapisse d’une litière et bouche l’entrée afin d’y garder la chaleur pendant la période froide.

  En Slovénie l’homme et l’ours vivent en harmonie. C’est au début du siècle dernier que le pays a commencé à protéger l’ours.

Au fait : Medved, cela veut dire ours en slovène.

Localisation

Depuis il fait partie du paysage et les Slovènes ont appris à vivre à ses côtés. Le pays compte entre 800 et 900 individus pour deux millions d’habitants sur un territoire à peine plus grand que les Pyrénées
françaises.

La plus part se concentre dans la Zone centrale de protection, d’une surface de 3500km².Hêtraies et sapinières, on trouve dans les vallons froids de nombreux épicéas, érables, ornes, frênes…

La densité dans cette zone est de 1 à 2.8 individus pour 100 km²

Cette partie est le cœur de la politique de gestion de l’ours en Slovénie. On y protège toute l’année les mères et leurs oursons, on y organise des lieux de nourrissage et une politique de régulation est autorisée et encadrée.

 

Chasse

Depuis 1993 une loi interdit de chasser l’ours toute l’année et la chasse des grands prédateurs ours, loup et lynx, à évolué vers une protection plus efficace fortement réglementée.

Si un ours commence à venir trop souvent dans un village, il est déplacé dans une autre région.

Ces dernières années aucun incident grave sur la population n’a été constaté.

Les dégâts sur le bétail sont stables malgré  une hausse significative du cheptel ovin.

Les autorités protègent, gèrent et régulent la population.

Des mesures et des moyens sont mis en œuvre.

Dans les villages des conteneurs, fermés et solides, limitent l’envie de
chapardage dans les poubelles.

Des clôtures électriques financées par l’État à près de 80% protègent les troupeaux et certaines zones attractives pour le plantigrade.

Ours et homme

Afin de limiter les risques, il ne faut pas les nourrir ni jeter ses déchets.

Évitez de les surprendre et si l’on rencontre un ours il vaut mieux reculer, parler fort et faire du bruit, sans trop s’agiter.
L´ours qui n´a jamais vu l´homme est plutôt curieux. 
Celui qui, comme en Europe occidentale, vit au voisinage d´une communauté humaine est généralement craintif. Il a appris par sa  mère à se méfier de l´homme qui représente pour lui une perturbation ou une menace. C’est souvent lui qui s’enfuit le premier, sauf si l’on est en présence d’une mère que l’on sépare, par notre position, de ses petits.

Les Menaces sur la population d’ours en Slovénie sont diverses on retrouve la chasse, le prix d’un tir d’ours peut dépasser les 10 000 €, le braconnage, les accidents routiers et ferroviaires.
Depuis les années 90 la Slovénie a acquis une expertise indéniable en matière de transfert d’ours.
Des ours prélevés dans la zone centrale sont relâchés dans les pays étrangers pour renforcer et réintroduire une population.

 

En mai 1996 2 femelles Ziva et Mellba sont relâchées dans les Pyrénées puis en 1997 elles sont rejointe par Pyros,un mâle.  En 2006, nouvelle introduction,  4 femelles Palouma, Fraska, Hvala et Sarousse et un mâle Balou. En juin 2016 c’est Goiat  suivit de Claverina et Soriata gravide en 2018.
A ce jour il ne reste que 5 de ses ours  importés les autres sont morts.
Il est également fort probable que les 2 oursons nés en 2019 qui suivaient Sorita aient été tués par un ours mâle en mai. Une enquête de terrain a pu révéler le 8 mai la présence d’un ours mâle adulte aux côtés de Sorita. La prédation par un ours mâle différent du père génétique n’est pas rare : elle représente 20% des mortalités d’oursons

L’ours

L’ours brun est un mammifère de l’ordre des carnivores
de la famille des ursidés du genre Ursus
et de l’espèce Ursus artos.

L’analyse ADN des ours en Europe fait apparaitre 2 lignées distinctes.

La branche occidentale aurait colonisée l’Europe pendant la dernière glaciation
il y a 70 000 ans pour. L’ours slovène, notre ours des Pyrénées, les ours
ibériques, ceux de l’arc alpin : Italie, Autriche, Suisse, Bavière, avec
des individus nomades ainsi que les Balkans, l’ex-Yougoslavie, l’Albanie, la
Grèce, la Bulgarie appartiennent à cette lignée

Comme il n’y a pas de noyau isolé en Slovénie aucun risque de consanguinité
n’est à crainte.

La branche orientale, via les Carpates et remontée vers le nord il y a
25 000 ans elle comprend les populations de Roumanie, Ukraine, Slovaquie,
Pologne, République Tchèque, quelques incrustions non permanentes en Hongrie et
les pays du nord  Norvège, Finlande,
Belarus, Estonie, Lettonie, Lituanie et la Russie.

Morphologie

C’est un plantigrade, « qui marche talon au
sol » sur ses pieds.

Il a un aspect tout en rondeur accentué par sa
fourrure longue et épaisse.la couleur est généralement brune mais on trouve de
toutes les nuances du gris perle au noir, avec parfois des teintes associées,
une bande plus sombre sur le dos, des épaules claires, Les jeunes ont
généralement un collier plus clair

On voit rarement sa courte queue. Sa tête est ronde large, surmontée de  2 oreilles arrondies. Sa truffe est large est noire et ses yeux sont petits et sombres. Une bosse marque sa nuque.
Sa morphologie varie suivant les régions. Elle est plus petite dans la branche occidentale.
Le poids varie entre 80 à 200Kg pour une taille ne dépassant pas 2m et 1m au garrot. 

Il n’est pas rare en Roumanie de croiser des mâles de près de 400Kg.

Le poids varie selon les ressources alimentaires
disponibles, des saisons et des années.

Pas de dimorphisme sexuel morphologique chez les ours. Les organes sexuels des
males sont difficilement visibles.

Son ouïe et son odorat sont très développées. Il est alerté par l’approche d’un homme à plusieurs centaines de  mètres et il arrive à sentir des charognes
sur de grandes distances.

Par contre sa vue est faible, à peine une dizaine de mètres d’identification.

 Au début du siècle dernier, une grosse pression des chasseurs, des braconniers, dues au plaintes des éleveurs, des agriculteurs et des forestiers, entraîne une dramatique diminution des ours dans toute l’Europe. Il n’en restait qu’une quarantaine en Slovénie. 

C’est grâce aux mesures prises et aux décisions gouvernementales de le protéger que le cheptel a augmenté.
Protéger son écosystème et son habitat, valoriser son image en éduquant le public, permettront aussi d’éviter son extinction dans nos Pyrénées.
La préservation de l’ours contribue à un équilibre naturel indispensable. L’ours et l’homme sont proches, « l’ours : l’autre de l’homme », écrivait Remy Marion, sa disparition et la survie de l’homme sont intimement liées.

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5 Commentaires

  1. Karin

    Merci Myriam

    Réponse
  2. Myriam

    un super reportage bravo Karin

    Réponse
  3. Laurence

    Super article et cool le module des commentaires

    Réponse
  4. Karin

    Les commentaires sont activés

    Réponse

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